TRANSE DES MOTS
Ahmed Lemsyeh
Né en 1950 à Sidi Ismail (province d'El-Jadida). Après des études de lettres arabes, il se destine à l'enseignement. Ahmed Lemsyeh a joué un rôle primordial dans l'acclimatation de la langue arabe populaire au sein du paysage poétique marocain. On peut même dire que c'est grâce à lui qu'elle a acquis ses lettres de noblesse. Cela est dû, d'une part, à la constante de la production de ce poète, et de l'autre à la fermeté de l'attitude qu'il a adopté d'emblé. Faisant fi des préjugés, des réticences, voir de l'hostilité, mais rompant aussi avec une longue tradition ou poésie et chanson allaient de pair, il a eu le mérité de prendre en marche le train de la modernité et d'y installer sans complexe sa langue d'élection. On ne se contentera pas ici de saluer le courage de l'acte et sa dimension prospective, car l'expérience d'Ahmed Lemsyeh puise sa force dans une oralité débarrassée des scories pour autant à sa qualité originelle de parole. D'où la complicité immédiate qu'elle provoque. Nous y sommes en agora quand nous lions avec nos yeux.
ABDELLATIF LAABI : la poésie marocaine (anthologie)
- la différence - PARIS (2005)
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SEMBLABLES A L'EAU EN SES HUMEURS
Traduit par abdellatif Laâbi
la poésie marocaine (anthologie)- la différence (2005)
Déchausse-toi
Et marche dans ton dédale
La transe te sera lumière et chemin
Embellis ton âme
Si tu veux entendre la voix du dedans
Eclaire-toi de ta brûlure
Illumine
Et sois le sourire
Qui s'ouvre comme une fine tunique
Dans les ténèbres
Délie-toi
Protège la braise du questionnement
Libère ta voix
Sors de ton ombre et vole
Fais pousser des ailes à tes larmes
Sois l'œil ou l'espoir peut dormir
Et cils qui le couvrent à son réveil
Parle en silence
Immobile, penche-toi
Cloué, vole
Sois présent sans venir
Voyage sans partir
Manifeste-toi sans apparaître
Disparais sans t'absenter
Exile-toi sans rien quitter
O toi qui m'habite malgré moi
Dévoile mes pensées secrètes
Et apaise ma brûlure
N'abandonne pas mon âme qui menace ruine
Tout âme recèle un grain de folie
Et une passion
Reste et tiens-moi compagnie jusqu'au moment
Où nous respirerons l'odeur de la mort
Au tournant les nuages et tresse-les
Afin qu'une route s'ouvre à nous
A mon désarroi
Tends la corde de ta bienveillance
Sois une mer d'espérance
Si la vie ne m'offre plus rien
Ne me rejette pas
Car tu es mes ailes
Et mon miroir intérieur
Trahis-moi
Efface-moi
Pour que je devienne toi
Et pour que tu deviennes moi
Deviens toi-même
J'étais enterré dans la glaise quand l'eau m'a déterré
Le sable s'est retiré autour de moi
Le vent bavard n'a pas gardé mon secret
Pris au piège
Je me suis montré à une fissure en riant
Même si je n'ai rien trouvé de réjouissant
J'ai tablé, faute de lendemain
Sur le lendemain
J'ai cousu en semble parfum et brise
Et entre argile et pluie
Un simple rayon est devenu ma lance
Oh j'étais…
Un nageur dans la mer du néant
Tressant la chevelure des rêves
En autant de cordes
Pour prendre le désespoir
Sur une route de fumée
J'ai tissé, avec des fils de lumière
Un habit qui rendait nu
Celui qui le portait
Je m'en suis roulé une
Avec une dose de paroles
Que j'ai mélangées avec les racines d'un cœur
Plein à ras bord,
Ayant oublié toute mesure
J'ai déambulé autour de la porte de la joie
Qui se tenait au chaud dans un nuage
Veillée par un gardien
Porté sur le sommeil
J'ai voulu en dessiner les ailes
Mais sa naissance était encore suspendue
Comme l'ahouach au signe du maestro
J'ai arrosé la musique avec du sang de coquelicot
Pétri le temps
Et ainsi façonné les côtés
De l'inébranlable parole
J'avais hâte d'allumer une mèche
Qui puisse m'éclairer de l'intérieur
Et dégage du sable les fondations
Afin que chaque mot
Aille comme un gant à son frère
Qu'ils s'enlacent et jouent dans les escaliers
Et que le poème devienne fantasia, épousailles
La plume, un cheval débridé
Que la lumière enfourche l'obscurité
Et le secret lève dans ma tête comme la pâte
La parole est construction
A ces fins elle a besoin de matériaux
Le temps est une ardoise
Dont les lettres point ne s'effacent
Le sens est un silo
Et la pensée tient lieu de pioche
Je brûle le passé, en obtiens de l'encre
Je grave les lettres dans mon tréfonds
Et les enlève
Pour que le verre soit à la température idéale
Et que les oiseaux se libèrent de leur cage
Pour que tout menteur avale sa langue
Et que la terre parle sans être piétinée
Que l'exile revienne telle la plume à son aile
Que le rêve marche en plein jour
Sans limiers à ses trousses
Mais le désir
Avec ses cils recourbés
S'est mis à me lanciner
Le doute est apparu
Souriant jusqu'aux oreilles
Le corps était un désert
Une forêt arasée
Et son propriétaire
Avait enduré plus qu'il n'en fallait
Je me suis dit : laisse-toi reprendre par tes démons
La bête a remué au fond de moi
Et quand le verre s'est vidé
J'ai continué à remplir son office :
Réunir et séparer
Tes cils étaient mon échanson
Et tes yeux, ma perte
Les souvenirs se sont réveillés, étirés
Et je m'en suis délecté avant qu'ils ne fuient
L'un m'a aidé à éteindre la braise du temps
L'autre à radoucir les nuits d'insomnies
L'un me restituait les tatouages
La ceinture défaite
La chevelure découverte
L'autre ne m'offrait qu'une étendue de sel
Sur laquelle marchait mon être blessé
Je me suis rappelé
Celui qui possédait la vue de la huppe
Des mots plus acérés les uns que les autres
Et dont la voix faisait éclater les pierres
Puis l'autre
Qui ne faisait qu'enculer les mots
On aurait dit qu'il escaladait un mur avec son dos
Alors qu'il avait peur de son ombre
Puis un troisième dont les propos
Creuseraient un trou dans l'eau
Il chevauchait sa voix
Et de venait cendre quand le feu fleurissait
Un autre enfin dont les actes
Donnaient la chair de poule à l'eau
Et qui, lorsque les autres parlaient
Se remplissait, lui, la bouche d'eau
[…]
Ceci est une histoire tressée avec nos larmes
Une image rendant fou celui qui la médite
Elle déborde de peines
Jetons-les à la mer, avons-nous dit
Mais la mer elle-même en débordait
L'histoire est captivante
Elle charme le conteur et les auditeurs
L'histoire est rassembleuse
Dès qu'il a lumière
On fait cercle autour d'elle
Elle élargit la petite lucarne
Et brûle l'obscurité quand la clarté point
La parole n'est ni couche ni couverture
Elle est un chemin et les gens en sont les lettres
La parole n'est ni vérité ni erreur
Elle est la source et son tourbillon
La page est un linceul cousu de blanc
Ecrite, elle devient œil qui voit
Un caftant tacheté de vie
Purifiant celui qui s'en revêt
Son secret est celui de la laine
Dès qu'on la tond, c'est d'amour
Qu'elle nous enveloppe
Elle traite à égalité douleur, joie et peur
S'habille de parfum et de sens se pare
Elle déplume le vent et dépouille les nuages
La page a pour sang l'encre
En elle, la vie ne saurait s'arrêter
Et moi, quand j'ai vu le signal
Etait une ruade et un coup de fouet
J'ai accouru vers vous
Je suis venu à vous les épaules nues
Couvrez-moi
Je demande votre protection
Ne m'en veuillez pas
Je ne suis qu'un derviche
Que les plaisirs ont perdu
Si d'autres vous envoient un coup de pied en guise de salut
Moi, je viens à vous
Porteur d'amour
Du moins ce que j'ai réussi à en sauvegarder
J'ai poussé dans les Doukkalla
Et je me suis fait avoir à Rabat.
(Traduit de l'arabe marocain par abdellatif Laâbi)
la poésie marocaine (anthologie)- la différence (2005)
Doukkala : Région d'où est originaire le poète.

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LA CRUE DE LA NEIGE
Traduit par Moulim El Aroussi
Contiens-toi et raconte notre histoire
Incite-nous par notre interdit que nous respirons
Ci les oiseaux de la langue voltigeant par tes ailes, sois-en séduit
elle éloigna sa main, le pont de bois est éteint
face à la mer- accomplie l'aveu dernier
Je n'ai point attendu qu'il remette son testament aux vagues
Par la nuit enveloppant la lumière volée et par la mer il assiégea sa joie,
S'enfonça dans l'élastique interrogation
Agitation avant le bourdonnement
Prorogation après le bourdonnement.
Le vigile est armé de tension, plaqué de sourie
Le voleur de lumière juge en détail
Rêve la mort, enfant l'emportant dans les villes de l'immanence
pour tenir compagnie aux illuminations sur les limites du corps
dans son silence majestueux, le juge - trahi par l'œil dénonciateur –
s'abstient de parole.
Nous nous habitâmes à lui qui vante son merveilleux
Nous avons témoigné qu'il n'y a pint de mort dans le vide
lis avec partialité non planches
la crue de la neige fait surgir l'écume du rocher
Vous n'avez de navire que l'embrasement.
Traduit par Moulim El Aroussi

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EN MAL DE MOI MEME
Traduit par M.N
Je suis le Sindibad de l'amour.
Ses tempêtes m'ont projeté entre deux navires
J'ai fait le serment de me noyer.
A moins qu'un poisson à ma taille ne jaillisse
Une vipère a surgi de l'onde.
M'a entraîné dans les profondeurs des flots.
L'esprit en transe. Délire et chuchote :
« Tiens prends et ne rends rien ».
Le vent est une corde ghnaoui. Les rochers un tambour
Et les vagues entrent en transe.
La plume, entre mes doigts était croissant de lune naissant
Et la baleine convoitait le fuyard tapi au sommet de la Montagne
Elle avala la lune et plongea
Laissant les pieux de la nuit plantés.
La nuit prisonnière ne pouvait lever le camp.
Mon aube à l'éclat tardif. Se mit enfin en route
La vague m'a jeté aux miens
Chez eux mon secret avait précédé l'histoire.
Une tente de lumière fut dressée pour eux.
Et mes ennemis. Petits grains de sable se détachaient
De leurs semelles
Les miens ont répudié les tempêtes de ce monde
Leurs cœurs sont clairs et lucides.
Ils ont abandonné un navire aux vagues en lambeaux.
Aux mots qui voient
S'écouler leur pus dans le
Moulin du temps
Ils ont pris le chemin de l'exil
Sans jamais trouver de terre d'errance
Ni de grotte pour y révéler leur secret lumineux.
Et un oiseau se mit à venir à moi.
Goûtant l'encre de mes mains,
Déposant un œuf dans leur creux,
L'œuf, encrier ou je trempe ma plume,
Je dessine mes rêves.
J'ai prêté ma bouche aux autres,
Qui l'ont utilisée à mes dépens
Pour dire le mal
Mon oiseau m'abandonné,
J'ai perdu sa trace,
Je n'ai trouvé personne pour lui porter mon message
J'ai fugué, me réfugiait dans les bras de la mer,
M'enchaînant à ses vagues,
Elle m'a enlacé,
secoué
et m'a relâché en transe
alors revint mon oiseau éclairant mes jours.
Le rêve a fait le tour de l'univers
Et a cueilli une narcisse,
L'a embrassée,
S'est assoupi sur mes vagues
J'ai vibré avec elle,
J'ai accordé à ses états d'âme
Mon flux et mon reflux, mon calme et ma tempête
J'ai déposé mon esprit dans son ombre
J'ai déposé les brides de mon esprit dans son regard
Il me chasse, il me rappelle.
Nous étions…
Une plume à la recherche de son aile,
Un nuage qui a perdu son vent,
Deux gouttes d'eau jumelles
Habillées par les vagues dans la mer des jours
Je suis la question, elle est ma réponse
Je suis la couverture, elle est le trésor enfoui dans mes plis
Nous étions la vague et la mer
Nous étions le bonheur secret
Et quand mon oiseau revient à la source pour boire,
Mes yeux ont avoué et ma bouche est restée muette.
Leurs cœur est sourd, mon cœur chauffé blanc.
La terre est en feu
Pleurant, brûlant,
Que vaut alors ma peine ?
Ma passion se coula dans son étui.
Se recroquevilla et se couvrit.
Mon cœur était ténèbres et ma passion l'éclaira
Il était mourrant, elle fut son remède,
Il devient un oiseau s'élevant,
et. atteignant les nuages. Il chuta.
Il devient un trésor privé de joie.
O combien ai-je avoué sous le joug de la passion,
Mon loup hurlant entre les lettres,
Ma plume cherchant à écrire.
Hésitant devant la page blanche.
Je rassemble les fragments de mon histoire
Echappés au voile du secret
Et ce qui m'habitait ne me délivra pas
Je suis habité. Ils m'ont nommé le mejdoub.
J'ai volé le feu au sommet de la montagne
L'entêtement des mots m'a anéanti.
Lors de la charge des cavaliers. J'étais dressé, droit,
Mais j'ai ployé sous le vent de l'amour.
J'étais une branche solide.
Se désaltérant à sa propre eau
Mais la passion. Pour entretenir ses feux m'a brûlé
Mon cœur vit alors des ailes lui pousser.
J'étais un sabre chauffé à blanc.
Et elle me fit la promesse de l'eau
J'étais un, uni,
Mon ombre m'a quitté
Et la passion m'a dédoublé.
J'étais un mur de vent
Et la pioche qui m'a abattu… m'a reconstruit.
J'ai déchiffré les signes,
J'ai écrit un mot,
Et je suis mort, tel l'épi,
Le crayon m'a cueilli.
Une grotte incandescente
Où j'ai éteint mon feu
Ma mort fit un chagrin et la joie de ceux qui m'aiment.
J'ai rejoint le droit chemin
Et une étincelle est morte en moi.
J'ai poussé un cri dans le vide
Seule mon ombre m'a entendu
Et je suis mort, dans mon jardin
A l'ombre d'un arbre
Je me suis coulé dans ses racines
J'ai trouvé mon âme qui m'attendait.
Elle m'a dit :
Tu es bien un vagabond
J'ai été ton piège
Celui que tu as toi-même posé.
Traduit par M.N

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QUI A BRODE L'EAU ?
Traduit par M.N
Ceci est un conte tressé avec nos larmes.
Une image et celui qui la fixe devient fou
Une image débordant de malheur…
Nous l'avons jeté à la mer
Mais même la mer fur oppressé par notre malheur
Mets toi pieds nus…
Et marche, marche dans les ténèbres de ton être
La transe est une étoile filante
La transe est un itinéraire
Embellis l'âme pour que l'être se prononce
Et viens sourire dans le noir.
Qui fend son caftan léger.
Fais de l'ombre pour la brûlure de la question
Sois un œil ou dort l'espoir
Voila par les cils à son réveil.
O toi qui m'habite contre mon gré
Dévoile mes pensées profondes
Et panse la brûlure.
Tiens-moi compagnie jusqu'à
Ce que l'on respire l'odeur de la mort
Et que l‘on prenne alors ce tournant.
Essors les nuages. Tresse-en un sentier
Ne me renie pas. Toi mon aile.
Tu es mon miroir intérieur.
Trahis-moi pour que je sois toi
Efface-moi pour que je sois toi
Et pour être moi, sois-toi.
Tu étais, ô moi, enseveli dans l'argile
Et l'eau t'a révélé.
Les vents bavards n'ont point tu ton secret
Les grains de sable aux grains de sable se sont frottés
Et tu t'es penché par l'entrebâillement en souriant
Tu as cherché après-demain
Même si tu n'as rien trouvé de réjouissant
Tu as cousu l'argile et la pluie, la lumière fut ta lance
J'étais ô moi
A l'affût, cherchant le portail de la noce
Et lui, tiède, étais lové dans un nuage
Et son gardien, dit-on, est un célèbre qui dort.
Je tenais de peindre son aile
Mais l'éternité, enceinte, le portait en elle
Tel Ahwach sans Riass.
J'ai arrosé la mélodie avec le sang des coquelicots
Et j'ai pétri le temps et j'ai fait
Les côtes des mots que l'on ne peut secouer.
J'étais pressé de prendre feu
Mèche, qui va révéler mes entrailles
Jusqu'à ce que le mot soit assorti au mot
Qu'ils s'enlacent dans les escaliers, qu'ils y jouent
Et le poème soit fantasia et fêtes
Que la lumière chevauche te ténèbres
Et que je laisse dans ma tête lever la pâte du secret.
Je brûle mon passé, j'en fais mon encre chinoise
Je cisèle mon monde intérieur et j'efface
pour que la coupe tiédisse
et que l'exile revienne telle une plume à son aile
et que le rêve marche en pleine lumière
libre sas geôliers.
Mais…
La séduction est arrivée, volage
Les cils tressés
Et le doute souriait en coin
Je me suis laissé tenter
Le monstre s'est réveillé en moi
La coupe est morte et moi je suis restée
A ergoter.
Les souvenirs se sont étirés, langoureux,
Je m'en suis délecté, avant qu'ils ne se sauvent
L'un pour voir s'éteindre l'incandescence du temps
L'autre, image dansante, khôl aux yeux et ceinture
Dénouée
Et chevelure jetée
L'un était immensité de sel
Sur laquelle rampait mon corps écorché.
Je me suis souvenu de celui au regard de huppe
Au mot plus tranchant que l'autre
Et de celui qui nique la parole
on dirait capable d'escalader le mur avec son dos
alors qu'il trébuche même dans son ombre.
Et celui qui donne à l'eau la chaire de poule
Mais qui rempli sa bouche lorsque les autres parlent.
Et celui qui a perdu son ombre
Ils ont marché sur son ombre lorsqu'il l'a oubliée.
Et celui qui se bat contre son ombre
Qui lui fait un croc-jambe
Qui dérobe le vide et qui le cache
Et de celui, être de feu, au caftan de fumée.
Corps à l'encens d'argile
Son cerveau est léché
Et est livré aux vents qui y soufflent
Et il fait l'amour avec les réincarnées.
Et te voilà…
L'automne est sevré dans les langues de l'été
L'hiver est entre sabre et entraves
Le printemps est resté sans confident
Le temps saigne du nez et l'air s'est évanoui
L'espace s'est asséché et l'esprit a tari
La mort avec le temps sont enlacés sur le trottoir
Et la route, face cachée de l'eau, est emmaillotée
Et les âmes sont des sens : tête et œil et bouche
Et nez
Ceci est un compte tressé avec nos larmes,
Une image et celui qui la fixe devient fou
Une image dérobant de malheur…
Nous l'avons alors jeté à la mer
Mais même la mer fut oppressée par notre malheur.
Traduit par M.N

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PETITES LETTRES DE PAROLES
Traduit par Touria Ikbal
Les lettres sont des enfants
Qui jouent sur la canitie de la feuille
tel mon secret.
De mon regard se couvrirent
Et se dissimulèrent dans mes tisons
Laquelle est l'Alif ?
Laquelle et la Hamza ?
Notre passion contient son propre condiment
Laquelle est la moitié invisible du cercle du Noune
Laquelle est bûche
Laquelle est feu
Attisant notre passion ?
Un éclair vit le jour
Hanta les profondeurs
Et devint ivresse
Camouflée dans le trésor de la vie
Sa coupe, le corps
Sa garde, la mort
Mon ami l'encrier
Son encre,
Dépouille de sommeil le mort
Sa saveur
Laisse instinctivement mon calame
Ecrire et réécrire
Que se passerait-il
Si le calame agrée la lettre
Et l'embrasse
O toi qui me ramène à la prononciation
Il ne me reste guère de passion
Mon vent est salin
Etouffant
Et quand j'écris
Je me consume
Encrier et calame
Nous étions dans la paume du vent.
Remède de la feuille
Notre âme là-dessus se répand,
Germe :
Et hurle notre secret
Peinard, je viens vers toi
Ton sourire, ma monture
Ma rame, ton regard
La coupe entame la nostalgie
Nous étions deux lettes
Ecrites dans l'océan
Et les vagues prononcèrent
Kaf/Noune : sois…
Ma couverture, les lettres
La parole est vent
Ah…si je pouvais être larme
Coulant sur la braise du bien-aimé !!
L'amour est une vague
Pérégrinant dans la pureté
Qui, outre la lettre
Me convertirait en vague
Qui !?
Au point que mon ennemi
Avec moi compatirait
Et dirait : que son supplice lui suffise ?
Viens, mon compagnon
Ramène-moi
Réconcilie-moi à mon essence
Et abrite-moi dans les lettres
Incendie-moi
Et enterre-moi dans le vent
Quand, pris de panique, je deviens ton frisson
Aveugle soit l(œil qui décode les talismans des lettres
Aveugle soit celui qui sent le trésor enterré du miroir
Trépas soit celui qui connut le secret des lettres
Sans s'enivrer
Le gnostique vivre et s'interrogera dans l'humilité :
Serait-ce possible que… ?
Fait des paroles une monture
Et lâche les rênes
Dans les ténèbres, nous tatouons
Encrier et calames
Si les lettres devenaient veines
Entre mes racines et ma citadelle
L'âme appelle :
O toi, d'ordinaire voilée
Sors
Chemine
Au loin…
Si la mort désire venir
Qu'elle advienne
Ecarte de moi ton ombre
Ton ombre, tatouage dans ma peau
Et efface mes lettres
Si mon ardeur te consume
O toi qui me port
Prête-moi ton ombre
Pour que je la mette
Pour que je la plante
Pour que des paroles, je récolte
Et en déchiffre les sens
Et si point de lettres la moisson n'enfante
Observons le silence
Une vague enfouie
Par les lettres dissimulée
Dans la caverne du ciel
Ensevelie.
Une lueur égarée
L'œil, adresse du cœur,
Tatouage dans l'eau.
L'essence est océan
Le ciel, fumée et la terre, feu.
Je gèle et fonds
Je marche et deviens vapeur
Je voyage dans ma vision.
Des racines de feu,
La pluie laisse germer des lettres
Je pèche
Si je ne dis pas : nous
Et la lettre se brise
Le corps se vide
Et de passion s'emplit
S'il fraternise… il fleurit.
Chacun de nous, une face de la feuille
Notre tente meublée de nos propos
Notre colère attise l'ardeur
Cendres, nous devenons
Et réceptacle de nos larmes
D'un coup, nous nous réveillons.
De mes larmes,
Elle inscrit sur sa poitrine mes regrets
Mon livre devint puits
Telle l vague enfouie
Dans le livre de ma vie
…comment ferai-je ?
Si tu sais, tu meurs
Si tu ne sais pas, tu meurs
Oublie ce que tu sais
Efface tout ce que tu as écrie.
Et dis :
Dans la lumière de la passion,
Je suis perdu.
La vague à la vague adossée
Ton navire, un nid
Ton cœur- oisillon, s'y est posé
Des regards, arrose l'océan
Ta pulsation, sème-y
Et démêle les tresses des vagues.
Ta passion est un navire
De l'intérieur navigué par son vent
Une page ou le rêve, lettres de calligraphie
Abandonne-toi à ton amant
Tranche son ombre
Ensevelie toi-y
La culotte de la parole est tombée
L'obscurité, un livre ouvert
Ou mes larmes ont coulé
Proie aux illusions, ma joie blessée
La parole prédatrice
La porte de l'imaginaire reste bouche bée.
Il n'y entendit point de tremblement
Chez lui, la lumière se fait audible
Sécrétée des rires de son aiment
Rassemblée sous les cils
Le vent, burnous de la parole
Coupé par les ciseaux de l'éclat.
Un corps s'étale
Un corps parle
Des paroles dévient
Des paroles s'incendient
Le sens englouti
Au sein des lettres, frémit
Et s'asphixie
Quand, de l'océan de l'esprit
Il sortit
Propos écervelés
Par les méninges des propos volatilisés
Propos nés des racines du cœur
Bienfaiteur
Donnant pour fruits
Des lettres de salut.
Traduit par Touria Ikbal
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FRAGMENTS INFINIS
Traduction : Issiali Aarab
Va à ton sanctuaire nocturne
Et laisse moi à mon calvaire
Je ne suis que ton écho spirituel
Le ciel est au fond du verre
La mer est désert
Le sable est fon errant
La tempête est sculpteuse
Vêtue d'un manteau de laine doukkali
Nul visage
Excepté mon corps en guise d'emblème
Sui-je en infraction aux lois d'identités ?
La lumière m'a dissimulé à toi
Jardin de lumière
Je suis ta citadelle
Et si ton regard se porte sur autrui
Peut-être répparaitrai-je
Dévoilé par ton éclat
Laisse-moi avancer
Laisse-moi parler
Laisse-moi apprendre
Que la vérité est lune
Que tu crains ton dévoilement
Sous les regards
Fais comme si tu ne m'avais pas vu
Fais comme si tu n'étais pas toi
Et faisons comme si moi, je n'atais pas là
Quand l'obcurité survient
Et que nous désintégrons
Ni toi, ni moi ne demeurons
Je me suis accaparé la vision
Et j'ai libéré la latence…
Couvrez-moi donc d'obscurité
Mon habit est argile
Mon moi est volcan
Pourrais-tu être déluge ?
Heureux qui comme a vu
Heureux qui comme a perdu la vue
Entre cécité et vue se niche la substance de la vie
Moi, mon sercet est nu
Le néant tisse la trame de mon essence
Seul mon silence
A forgé ma légende
Laisse-moi avancer
Laisse-moi te voir
Pourquoi as-tu dissimulé
Les mailles de la vision ?
Je me suis penché sur mon être
Et le miroire s'est brisé
J'ai disparu
Et la rumeur emplit mon univers
Tu m'habites je t'envahis
Tu jaillis de mes entrailles
Et moi je te contiens
Traduction : Issiali Aarab
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Un état et des états (extrait)
Traduction : HABIBA ZOUGUI
Peut être celui- là est moi
Je me rends
Je me rends O sirs
********
J'aurais bien aimé que le bonheur soit contagieux
Que les lettres ne soient pas jalouses de mes enfants
La paix viendra pour nous sauver
Quand on l implore
Et le bien sera une mer douce
Qui désaltère la soif de ma patrie
L'amour ; la vérité et la beauté sont mes sirs
Je redeviens tel un bohémien ; tel un troubadour
La liberté est ma provision
Mes rêves seront comme des caravanes
La patience les côtoies
Mon for intérieur se purifiera
Je serai une tente
Ma peuplade seront mes quilles
Je frappe dans il se durcit
Mon objectif sera le chemin maritime
La folie m'abritera des intempéries de la vie
Le rêve est ma provision
Dans ma solitude mon semblable me rend visite
Et celui qui nous quitte prendra la provision
Le mot palpitant sera mon réveil
Et sur le papier mon sommeil
Mes djinn seront ligotés dans mon rêve
Mes jwade aspireront à une fusion
Je ne veux pas que mon esprit s'éteigne
Ni que son âtre soit ardent
Ni que le vent soit le symbole de la marge
En pleine obscurité
Pour l'errant un sauveur
Traduction : HABIBA ZOUGUI